


Songe d’une nuit d’automne
Premier concert à Paris pour cette figure importante de la musique minimaliste américaine actuelle. Fortement marqué par l’uni- vers de Steve Reich et le “Music for Airport” de Brian Eno, William Basinski commence à la fin des années 70 un travail de paysages sonores en expérimentant dans un premier temps sur des lecteurs cassettes bon marché puis sur des magnétophones à bandes. À la fin des années 80 il fonde le mythique club Arcadia, haut lieu de performances en tout genre ou se croisent entre autres Diamanda Gallas et Antony Hegarty (pré-Antony and the Johnsons) dans un Brooklyn arty et aventureux. À cette époque le compositeur, pourtant très prolifique, a du mal à faire éditer sa musique minimaliste. Ses compositions intègrent aussi bien les sons de son en- vironnement direct que les défaillances technologique de ses propres machines. Il parvient ainsi à créer une musique en sus- pension, sorte de bande originale évanescente d’un rêve en perpétuelle dégradation.
À la fin des années 90 il crée son propre label (2062) en compagnie de l’artiste James Elaine et publie enfin son premier disque, “Shortwave Music” enegistré en 1983 dans lequel on retrouve sa fascination pour le détournement sonore (certains
sons utilisés sont ralentis à l’extrême au point qu’on ne puisse en identifier la source), les boucles infinies et une certaine approche lo-fi de la musique expérimen- tale. Suivra rapidement “Watermusic” (Raster-Noton), basé sur la manipulation en boucle d’un synthétiseur analogique.
Son parcours musical prend une tour- nure radicale suite à un événement haute- ment symbolique et mystique. Le 11 sep- tembre 2001, alors qu’il observe depuis le toit de son immeuble l’immense nuage de fumée envahissant peu à peu Brooklyn suite à l’effondrement des Twin Towers, il dé- clenche son magnéto sur lequel il a enregistré le transfert numérique de vieilles bandes en décomposition. Cette expérience hors du commun marque un tournant décisif dans sa carrière et donnera naissance à l’édition l’année suivante de son concept-album épique “The desintegration loop” sorti en coffret 4 disques et considéré par beau- coup comme un classique de la seconde vague minimaliste américaine.
Dès lors, Basinski ne cesse de créer sa musique mélancolique et fascinante à par- tir de matériaux enregistrés à différentes époques. À la recherche des fantômes sonores qui hantent ses compositions magnétiques et réduisant la répétition au si- lence, il invente un nouvel espace sonore fantasmagorique qui a su séduire un public en dehors de l’establishment des mu- siques expé, aux marges de la pop music.