Le charme d’une soirée SPéciale, c’est une aventure faite de contrastes frappants et de palpitantes dérives… j’ai retenu la soirée du jeudi 12 avril 2012 à l’église Saint-Merry, concoctée par des organisateurs SPécialement éclairés, convoquant ce soir-là, Iconoclastes et iconodules à l’autel : un set de Kim Fowley (grand olibrius, à l’élégance interlope et sulfureuse) avec orchestre local, par contraste avec l’errance sonore et minimale de Tony Conrad dans le vaste volume architectural de la nef. Au milieu, Keiji Haino (entre dissonances incantatoires et silences).
Et encore au milieu, entre les concerts, parmi les trous de mémoires, une délicieuse latence, évanescente, apparemment secondaire, toutefois appréciable comme prélude à l’écoute … A noter que ce temps suspendu est aussi propice à l’ivresse (passages à la buvette et pérégrinations dans les allées, transversales de l’église). C’est d’ailleurs pas commun, un bar dans une église, le spirituel et les spiritueux et les presque 600 acolytes « communiant » en cœur.
Pour faire maintenant « l’intéressant », quelques lignes appropriées, pompées du livre "Les formes du montage dans le cinéma » de Vincent Deville au sujet du film de de Tony Conrad « Flicker » : le terme « valence » désigne une attirance ou une répulsion à l’égard d’une situation… c’est ce qui fait qu’un plan, suscite un désir de montage chez le spectateur, lequel anticipera les plans à venir ». Voilà qui à mon sens, résume bien l’effet produit par une soirée SPéciale sur le mélomane égaré, nous replaçant ainsi dans l’intervalle et la suite des attractions.
On retiendra donc ces moments parfois abrupts et vertigineux entre les sets, interludes extatiques, ou parfois totalement refoulés. Le sujet nous intéressera particulièrement via le projet « Silent Entertainment » (avec Adam David et Matthieu saladin), cette fois en 2013, ou nous étions invités à faire les « Intrigants » pour « exploiter au mieux l’intermède proposé » entre Zeitkratzer et Merzbow et jouer des disques silencieux extraits de notre compilation « Sounds of silence, les silences les plus intrigants de l’industrie du disque ». Nous nous disions alors, « la blague va durer 3 minutes, ils vont boire des coups et nous on n’aura juste à accompagner les blablas et le brouhaha ambiant » ; Ce fût l’effet inverse, nous ne nous attendions pas une écoute aussi religieuse. J’en étais même gêné de faire le Dj fanfaronnant ainsi (silencieusement toutefois) sur la chaire… Autre moment mémorable, préambule aux concerts, l’intermède - pause catering avec autour de la table (de la sacristie ?) Merzbow (mutique pour l’occasion) et le prêtre de Saint-Merry (quand à lui plus éloquent) initiateur d’une orientation très ouverte « de sa paroisse. Encore, bravo, congratulations, Amen ! Idem pour les soirées au Théâtre Berthelot (avec encore les Instants Chavirés) ; d’où l’absolu plaisir (et la nécessité) d’Introduire du disruptif dans l’administration, comme de décloisonner les chapelles.